M. Pickard n’a pas acheté la Jensen FF pour en faire un jouet de collectionneur ou un objet de conversation pour le week-end. Propriétaire de plusieurs carrières dans le Staffordshire, il voulait une voiture confortable, performante et tout temps, capable de l’emmener sur les chantiers et dans les excavations sans encombre. La chaîne cinématique avancée de la FF n’était pas seulement un argument technique. Il s’agissait d’un choix judicieux pour l’usage qu’il voulait en faire. Il a même spécifié des phares antibrouillard et des klaxons bruyants, de petits ajouts qui convenaient à un homme qui voulait que sa coûteuse GT puisse faire face aux réalités du travail, aux intempéries et à un environnement difficile. En fait, il s’agissait d’une grande routière britannique très évoluée, dotée d’un style italien et d’un V8 américain, utilisée comme une machine de travail sérieuse. Au fil des ans, Pickard a beaucoup conduit la voiture tout en l’entretenant avec soin. En 1973, il s’est installé sur l’île de Man. À sa mort, en 1997, le compteur affichait environ 60 000 miles, soit près de 100 000 kilomètres. Après sa mort, sa fille a hérité de la Jensen, l’a ramenée sur le continent et l’a entreposée dans un garage sec d’une propriété. Elle y est restée, sans être dérangée, pendant une trentaine d’années.
C’est exactement ce qui rend cette trouvaille si fascinante. Elle a survécu dans l’état dans lequel son propriétaire l’a laissée, avec son histoire encore attachée. La peinture gris brume était peut-être couverte de poussière et de toiles d’araignée, mais sous cette couche se trouvait la finition d’origine, et non une refonte moderne. L’intérieur était bien préservé et authentique, ce qui est déjà rare en soi. Les documents qui accompagnaient la voiture étaient encore plus impressionnants. Les clés d’origine sont toujours là. Il en va de même pour le carnet d’immatriculation vert, les factures d’entretien, les documents historiques et même la facture d’achat d’origine. Pour les collectionneurs, les historiens et les passionnés, une telle continuité documentée est presque aussi précieuse que la machine elle-même.
La voiture a finalement été emmenée à l’événement Race Retro 2026. Bien que le moteur n’ait pas tourné depuis des décennies et que le futur propriétaire s’engage dans un projet coûteux et complexe, les enchères ont tout de même atteint la somme impressionnante de 30 375 livres sterling, soit 35 000 euros. Les acheteurs ne payaient pas seulement pour du métal, du cuir et un V8 dormant. Ils payaient pour une originalité rare et une voiture qui a tranquillement réécrit les règles du jeu bien avant que le reste de l’industrie ne la rattrape. La Jensen FF était révolutionnaire lorsqu’elle était neuve, et cette pièce redécouverte prouve qu’elle a toujours le pouvoir d’arrêter les gens dans leur élan. Après trente ans d’oubli, c’est peut-être le retour le plus approprié qui soit.