Evelyn n’avait jamais envisagé de devenir une nomade urbaine, mais la vie a le don de démanteler les plans les plus soigneusement élaborés. Lorsque l’augmentation du coût de la vie l’a finalement poussée à quitter son petit appartement, cette septuagénaire a refusé d’abandonner. Au lieu de désespérer, elle a trouvé une ruelle isolée et oubliée derrière un entrepôt industriel en briques abandonné. Pendant plusieurs mois, elle a tranquillement construit un abri caché et modeste à l’aide de palettes de bois mises au rebut, de bâches résistantes et de tôles ondulées récupérées.
Pour le passant occasionnel, la structure ne ressemble à rien d’autre qu’à un tas de débris désordonné, à l’écart de la rue principale. Cependant, pour Evelyn, cette ingénieuse petite poche de la ville représente l’indépendance et la sécurité qu’elle a durement acquises. Elle a passé des semaines à ancrer la structure pour qu’elle résiste aux éléments, tout en veillant à ce qu’elle reste totalement invisible aux yeux des agents chargés de l’application du code et des autorités locales. C’est un chef-d’œuvre de camouflage urbain, construit par une femme âgée déterminée à garder un toit au-dessus de sa tête.
Vivre ici exige une routine stricte et des sacrifices réalistes, notamment en ce qui concerne les installations sanitaires de base. Sachant que la construction d’une salle de bains intérieure fonctionnelle est une impossibilité physique et juridique, Evelyn s’en remet entièrement aux installations du parc public situé à proximité. Chaque matin, elle prépare son petit sac fourre-tout avec du savon et une serviette propre pour faire le court trajet. C’est un compromis qu’elle accepte volontiers, échangeant un peu de commodité contre un endroit sec et sûr pour dormir.